Eyraud, président de l’OM : pourquoi la Légion d’honneur ?

Le dirigeant de l’Olympique de Marseille, Jacques-Henri Eyraud, fait partie des 3 884 personnes décorées ce vendredi.

C’est à coup sûr une nouvelle qui n’enchante pas une grande majorité des supporters de l’OM. Nous avons appris, ce vendredi 1er janvier 2021, que Jacques-Henri Eyraud figure parmi les nombreuses personnalités choisies pour intégrer le prestigieux ordre honorifique de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite. Le président du club phocéen a été fait chevalier de la Légion d’honneur. Un “honneur” qui, justement, interpelle.

Une récompense proposée par le ministre de l’Intérieur

Il ne s’agit pas ici de s’indigner ni de s’offusquer de la promotion d’un président de club de football professionnel au grade de chevalier de la Légion d’honneur, mais de comprendre ce qui a bien pu motiver cette intronisation et qui l’a initiée, car il ne faut pas oublier que par principe, celui qui reçoit son insigne n’en fait pas la demande. En théorie, on la lui propose.

Concernant le cas de Jacques-Henri Eyraud, nous avons fouiné sur le site legifrance.gouv.fr et sommes tombés sur le décret du 31 décembre 2020 portant promotion et nomination dans l’ordre national de la Légion d’honneur. Il en résulte que le dirigeant Parisien, président de l’OM depuis 2016, est la seule personnalité issue du monde du sport à avoir été fait chevalier sur proposition du… ministre de l’Intérieur.

La seule inscription officielle rattachée à cette nomination est que monsieur Eyraud est “président d’un club de football” et qu’il obtient son grade pour ses “31 ans de services.” Ni plus, ni moins. Sur le site de la Grande chancellerie de la Légion d’honneur, on apprend qu’“un minimum de 20 ans d’activité est requis pour entrer dans l’ordre de la Légion d’honneur.” Il y a-t-il d’autres conditions ? Oui. Et qu’a fait Jacques-Henri Eyraud pour satisfaire à ces conditions ?

J.E. Eyraud correspond-il aux critères ?

Outre la nécessité d’être de nationalité française et l’honorabilité, c’est-à-dire un casier judiciaire vierge, le citoyen qui se voit proposer la Légion d’honneur doit faire état de ce que l’on appelle des “mérites éminents.” En gros, il n’existe pas de définition théorique ni de liste prédéfinie. En revanche, certains critères sont pris en compte, comme celui des 20 ans d’activité dont nous parlions plus haut.

Extrait du site legiondhonneur.fr, sur les critères d’attribution de la Légion d’honneur

Beaucoup se demandent ainsi ce que Jacques-Henri Eyraud a fait pour mériter cette promotion. Pas en odeur de sainteté auprès des supporters marseillais, l’ancien de Harvard, 52 ans, a été récompensé pour certaines de ses actions à la tête de l’OM. Durant le premier confinement, au premier semestre 2020, le club avait mis à disposition son centre d’entraînement pour héberger des femmes (et leurs enfants) victimes de violences conjugales. Elles avaient bénéficié, durant environ un mois, du soutien de psychologues et d’éducateurs. Le tout en partenariat avec l’association SOS Femmes 13. L’OM Fondation a également soutenu financièrement l’AP-HM (Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille). L’opération “Supporters de nos Restos”, menée avec Uber Eats (partenaire de l’OM cher à Jacques-Henry Eyraud) en soutien des restaurants en souffrance face à la pandémie, a peut-être aussi pesé dans la balance.

Mais est-ce suffisant pour justifier d’être élevé au grade de chevalier de la Légion d’honneur ? Ces initiatives étaient-elles le fruit de son idée ? À quel point a-t-il favorisé et aidé à leur réalisation ? Autant de questions hélas sans réponse. Certains feront le rapprochement avec l’attachement d’Emmanuel Macron pour le club marseillais. Mais il serait présomptueux de l’affirmer ainsi sans aucun indice nous rattachant à cette hypothèse.

Le président de l’OM, cet incompris

Ancien d’Euro Disney et du Club Med, Jacques-Henri Eyraud est sans doute l’un des présidents les plus détestés de l’histoire de l’OM. Surpassant même l’impopularité d’un Vincent Labrune à son époque. Une réputation due à des couacs de communication à répétition. La faute sans doute à un pragmatisme incompatible avec le monde du ballon rond.

Le mois dernier, le patron de l’OM indiquait lors d’une visioconférence qu’il était dangereux de compter trop de salariés marseillais à l’OM. La raison ? Un surplus de passion entraînerait une baisse de productivité des employés. Et s’il s’en est défendu en indiquant, sur France Bleu Provence, qu’il veut les meilleurs “talents et les compétences dans tous les domaines d’activité du club”, cette dernière sortie est celle de trop pour les supporters. Il faut dire qu’à Marseille, où la passion autour de l’OM est sans comparaison ou presque, un tel discours n’est pas forcément très approprié. Surtout dans les circonstances actuelles, où l’Orange Vélodrome ne permet plus d’exprimer son désaccord avec la direction.

Si l’on adopte une vision purement économique du discours du président Eyraud, son discours semble censé. Sauf que l’OM n’est pas une entreprise comme une autre, c’est un club de football, qui qu’on en dise et que l’on se base sur son passé ou non, possède une histoire et une communauté.

Et Jacques-Henri Eyraud oublie peut-être d’où il vient, lui qui fut durant un moment l’une des voix d’Euro Disney (Disneyland Paris) au début des années 90, là où la passion est censée primer pour y faire carrière. Attention, on ne réduit pas le président de l’OM à son seul passage chez Mickey, non. Son pedigree est encore plus riche. Sauf que cette parenthèse est un contre-exemple idéal à ce qu’il a dénoncé de l’OM peu après son arrivée, ce surplus de Marseillais parmi les salariés. Oui, parfois, la passion a du bon. Et non, l’OM ne se gère pas comme une entreprise. Définitivement.

Crédit photo © Flickr / SMW-6389 / Web Summit

Alexandre Boero

Journaliste et Fondateur du site AlexandreBoero.com (2,1 millions de visites depuis octobre 2016) / Journaliste-reporter sur Clubic.com

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